Une journée à Versailles

Publié le par Lova Pourrier


Mieux vaut tard que jamais, je suis enfin allée au château de Versailles pour voir l'exposition "Louis XIV, l'homme et le roi".
Un événement, dit-on... Eh oui, c'est la première vraie expo consacrée au Roi-Soleil en ses murs, rien que ça.
Profitant d'un passeport donnant accès à tout le château, je m'y suis donc rendue par une froide journée de novembre, sous un ciel gris, grelottant dans mon manteau. Qu'à cela ne tienne, la culture, ça se mérite !
Si je devais vous la faire en mode enthousiaste/tout-le-monde-il-est-beau-et-gentil, je vous dirais comme beaucoup de personnes l'ont fait sur la toile que l'expo est magnifique, passionnante, captivante, intéressante... en un mot : à l'image de son sujet, exceptionnelle.
Il est vrai que les pièces et oeuvres présentées sont somptueuses (comme le mobilier, les peintures, les bustes) et très intéressantes. Il est vrai que la scénographie leur rend particulièrement justice, en les mettant bien en valeur, sous une lumière tamisée et sobre du plus bel effet. Il est vrai qu'à travers ce parcours, on ne peut être qu'admiratif de la politique de Louis XIV, de la manière si habile dont il a cultivé son image et  conduit sa "communication"... et surtout de son apport immense au patrimoine culturel de la France.




Mais ceux qui me connaissent savent que je suis difficile, alors je vais vous la faire en mode chipoteuse/moi : j'ai été non seulement un peu déçue, mais l'exposition m'a laissée sur ma faim.
Bon, déçue est un mot un peu fort, mais j'aurais aimé en voir encore plus. Ma partie préférée de l'expo a été celle sur la famille de Louis XIV, et elle était très réduite justement. Ce qui m'a manqué, c'est de voir la facette "humaine" derrière le roi, un peu plus de vie quotidienne et moins de politique. J'aurais aimé voir de la vaisselle, des objets du quotidien, des lettres, etc. En ce sens, j'ai préféré l'exposition sur Marie-Antoinette au Grand Palais, plus "complète" à mon sens. Ou, pour citer une autre exposition monarchique récente, celle sur les Romanov qui nous fait véritablement plonger dans l'intimité de la famille impériale (j'en étais ressortie émue et émerveillée).




Bref, j'étais venue en espérant découvrir des facettes moins connues de ce grand monarque et ce ne fut pas le cas. J'ai vu de belles choses, mais je n'ai pas appris grand-chose de plus sur le personnage. Au contraire, son image traditionnelle de Roi-Soleil, roi de guerre, mécène, en sort renforcée. L'image publique et les goûts du roi sont présentés mais pas son image intime.
Louis XIV n'est pas le roi qui m'interpelle le plus, bien que je reconnaisse tous ses mérites, car il ne me touche pas, ne m'attendrit pas. Il m'apparaît trop en monarque parfait, qui maîtrise tout. Voilà pourquoi je suis plus interpellée par ses successeurs, Louis XV et Louis XVI, qui, eux, me touchent par leurs failles toutes humaines. (et puis, c'est vrai aussi que le XVIIIe siècle m'attire plus que le XVIIe).
Un bilan donc un brin mitigé, mais qui ne doit pas pour autant décourager ceux qui s'y intéressent d'y aller ! De l'avis de nombreuses personnes, c'est une belle réussite.

Un conseil toutefois : n'y allez pas le week-end ou un jour férié ! Profitez d'un jour de congé pour vous y rendre en semaine, car même en plein automne, il y a un monde fou. Le froid et la grisaille ne semblent pas arrêter les touristes... Et encore, je n'ai pas eu à faire la queue pour acheter les billets, mais rien que pour avoir l'audioguide, ça a été l'horreur, une demi-heure d'attente.

Cette visite m'a également permis de découvrir les oeuvres de Xavier Veilhan et de les juger sur pièces. Certaines, comme le Carosse, le Gisant et les Architectes m'ont assez plu, ou du moins interpellée. Leur mise en perspective est intéressante. En revanche, d'autres comme La lune, Le coucou ou la Light machine m'ont fait passer mon chemin, et c'est un euphémisme.

Le Carosse

La Femme nue

Le Gisant

Les Architectes

Last but not least, je suis allée jeter un oeil à la boutique Ladurée qui a ouvert ses portes récemment, près de la boutique du château. Voyant qu'il y avait beaucoup moins de monde que dans les boutiques parisiennes, j'ai voulu me laisser tenter, mais le choix est finalement très limité. On ne peut pas acheter de macarons à la pièce, il faut nécessairement acheter les boîtes spéciales, dont la plus petite coûte environ 30 euros et contient de 18 à 20 pièces. Dommage qu'ils ne proposent pas de boîtes plus petites, à 15 ou 20 euros. Je comprends mieux tout de suite que la boutique ne soit pas assaillie par les acheteurs, vu les prix.




A noter également la présence d'une (souriante) vendeuse japonaise ! Pas anodin à mon avis. C'est sans doute pour appâter conseiller les touristes japonais. En tout cas, la boutique est magnifique, avec le design habituel classe de Ladurée. Un peu petite cependant (mais c'est sans doute dû aux contraintes d'espace du château), on s'y sent vite à l'étroit.
On trouve aussi en vente du thé, des dragées, du chocolat...



Mais par-dessus tout, ce que je trouve regrettable, c'est que la présence de Ladurée à Versailles n'est que commerciale et n'a aucune cohérence historique, ni aucun lien d'aucune sorte avec le château (sauf si on considère le film de Sofia Coppola comme un lien...).
S'ils avaient voulu être cohérents avec l'Histoire, ils auraient dû ouvrir une boutique Dalloyau !
Pourquoi Dalloyau, me direz-vous ? Parce que l'histoire de la famille Dalloyau et de la maison gastronomique du même nom est intimement liée à celle de Versailles. En effet, les Dalloyau étaient officiers de la bouche à Versailles, depuis 1700, et, ce sur plusieurs générations, avant que Jean-Baptiste Dalloyau n'ouvre la maison Dalloyau à Paris en 1802. Mais j'aurai l'occasion d'en reparler dans un prochain article (mes fidèles lecteurs ayant pu remarquer que j'aimais bien parler de gastronomie, la gastronomie étant née de la monarchie de l'Ancien Régime).
Bref, les Dalloyau ont oeuvré à Versailles, sous Louis XIV et Louis XV. Les faire revenir au château par l'intermédiaire d'une boutique Dalloyau n'aurait pas été complètement incongru...
De plus, ils font aussi de très bons macarons, qui ont beaucoup de succès au Japon. Ce ne sont pas les fournisseurs des garden-parties de l'Elysée pour rien.
Le choix de Ladurée, plutôt que d'une maison ayant un lien historique avec le château, montre que l'aspect marchand prime sur l'aspect historique. Et c'est bien dommage.
Et tellement cliché... (ben ouais, y a pas que Ladurée pour les macarons !)

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Crédits photos :
Portrait équestre de Louis XIV
René Antoine Houasse. Huile sur toile, vers 1679. Versailles, musée national (c) RMN / G. Blot
Portrait de Madame de Maintenon en sainte Françoise romaine
Pierre Mignard. Huile sur toile, vers 1694. Versailles, musée national (c) Château de Versailles / J.-M. Manaï      

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