La Tour Eiffel s'habille de lumière pour ses 120 ans

Publié le par Lova Pourrier


Pour clore en beauté les festivités liées au 120ème anniversaire de la Dame de fer, un spectacle lumineux sur le monument a lieu tous les soirs (depuis le 22 octobre) jusqu'au 31 décembre.

Le spectacle aura lieu à 20h, 21h, 22h et 23h. Pendant 12 minutes, la façade face au Trocadéro sera habillée de lumière tandis que l'éclairage des autres côtés de la tour variera. Le parvis, lui, vivra au rythme d'images projetées.
Plus de 400 projecteurs à diodes électroluminescentes en trichromie ont été installés. Le spectacle, conçu par Bernard Schmitt et Jacques Rouveyrollis, débute après le scintillement habituel.


Au vu de tout ce faste, qui pourrait croire qu'en 1887, la Tour Eiffel était un projet controversé, vilipendé, critiqué ?
On se souvient que la Tour Eiffel avait été conçue pour être le « clou de l'Exposition de 1889 se tenant à Paris », saluant le centenaire de la Révolution française. Si aujourd'hui, la Tour Eiffel est pour les étrangers un symbole de Paris et de la France, elle se voulait avant tout la vitrine économique du pays, à une époque de fort développement technologique,  industriel et culturel. Il s'agissait d'en mettre plein la vue aux visiteurs...
Un concours avait été lancé par le ministre du Commerce et de l’Industrie pour la construction d’une tour temporaire de 300 mètres de hauteur, qui dominerait le site de l’exposition. Choisi parmi 107 candidatures, c’est le projet de Gustave Eiffel, entrepreneur, Maurice Koechlin et Emile Nouguier, ingénieurs et Stephen Sauvestre, architecte, qui fut retenu.

Georges Garen, Embrasement de la tour Eiffel, 1889 (peint durant l'Exposition Universelle)

Imaginé en 1884, édifié entre 1887 et 1889, le monument fut inauguré le 31 mars 1889. Ce jour-là, Gustave Eiffel gravit les 1710 marches de la Tour pour planter à son sommet le drapeau tricolore. La Tour Eiffel fut l’édifice le plus haut du monde jusqu’en 1929.
Mais dès 1886, elle eut ses détracteurs (comme plus tard le centre Georges Pompidou ou la Pyramide du Louvre).
Des articles pamphlétaires furent publiés dès avant le début des travaux. En février 1887, deux semaines après les premiers coups de pioche, une cinquantaine d'artistes (écrivains, peintres, compositeurs, architectes, etc.) s’associent pour fustiger « l'inutile et monstrueuse tour Eiffel » dans une lettre ouverte restée célèbre sous le nom de "Protestation des artistes contre la Tour de M. Eiffel". Parmi les signataires, citons : Guy de Maupassant, Charles Gounod, Charles Garnier, Sully Prudhomme, Leconte de Lisle, Alexandre Dumas fils et d'autres encore.
En voici un extrait (cf. « Le Temps » du 14 février 1887) :
« Nous venons, écrivains, peintres, sculpteurs, architectes, amateurs passionnés de la beauté jusqu’ici intacte de Paris, protester de toutes nos forces, de toute notre indignation, au nom du goût français méconnu, au nom de l’art et de l’Histoire français menacés, contre l’érection, en plein coeur de notre capitale, de l’inutile et monstrueuse Tour Eiffel, que la malignité publique, souvent empreinte de bon sens et d’esprit de justice, a déjà baptisée du nom de « Tour de Babel ».
« Sans tomber dans l’exaltation du chauvinisme, nous avons le droit de proclamer bien haut que Paris est la ville sans rivale dans le monde. [...] Et si notre cri d’alarme n’est pas entendu, si nos raisons ne sont pas écoutées, si Paris s’obstine dans l’idée de déshonorer Paris, nous aurons du moins, vous et nous, fait entendre une protestation qui honore. »

La « monstrueuse tour » fut également comparée à :
- « un tuyau d'usine en construction, une carcasse qui attend d'être remplie par des pierres de taille ou des briques, ce grillage infundibuliforme, ce suppositoire criblé de trous » (Joris-Karl Huysmans)
- un « lampadaire véritablement tragique » (Léon Bloy),
- un « squelette de beffroi » (Paul Verlaine),
- un « mât de fer aux durs agrès, inachevé, confus, difforme » (François Coppée),
- une « haute et maigre pyramide d'échelles de fer, squelette disgracieux et géant, dont la base semble faite pour porter un formidable monument de Cyclopes, et qui avorte en un ridicule et mince profil de cheminée d'usine » (Guy de Maupassant).

Eiffel ne se décourage pas pour autant et leur répond sereinement :
« Je vous dirai toute ma pensée et toutes mes espérances. Je crois, pour ma part, que la Tour aura sa beauté propre. [...] La Tour sera le plus haut édifice qu’aient jamais élevé les hommes – ne sera-t-elle donc pas grandiose aussi à sa façon ? Et pourquoi ce qui est admirable en Égypte deviendrait-il hideux et ridicule à Paris ? Je cherche et j’avoue que je ne trouve pas. »

L'achèvement de l'édifice et le passage du temps finiront par faire taire les critiques, et depuis lors, la Dame de fer ne cessera d'inspirer peintres, poètes, écrivains, cinéastes, photographes, reporters, auteurs de BDs, de jeux vidéos...

Paul-Louis Delance (1848-1924), La tour Eiffel vue de la Seine
(peint alors que la tour était en construction)

Georges Seurat, La tour Eiffel, 1889

Henri Rousseau (dit le douanier), La tour Eiffel, 1898

D'une hauteur de 313,2 mètres à l'origine, la Tour Eiffel est le deuxième site touristique le plus visité en France, après Notre-Dame de Paris, et le monument payant le plus visité au monde avec 6,893 millions de visiteurs en 2007.

Guillaume Apollinaire, extrait de Calligrammes, 1918
(il présente la Tour Eiffel comme un symbole de la force de la France devant les Allemands)

Si vous vous intéressez à la Grande Dame, je ne saurais trop vous recommander le passionnant roman d'Olivier Bleys, Le fantôme de la tour Eiffel, aux éditions Gallimard (Prix du roman historique 2002). Il nous entraîne dans le Paris insolite de la fin du XIXe siècle, et nous fait vivre au rythme palpitant d'un feuilleton la chronique d'un chantier de légende.

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Photos : copyright AFP.

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