Le français et l'Europe

Publié le par Lova Pourrier


Malgré l'hégémonie de l'anglais, la langue française continue de s'exporter. Certains de ses mots émigrent même chez nos voisins européens. Pourquoi un tel phénomène, et surtout, quelles sont les expressions qui prennent leurs aises chez les Européens ?

Avant tout, rappelons que le français et le continent, c'est une longue histoire d'amour. Sous l'Ancien Régime (qui dura jusqu'en 1917 en Russie), la langue de Molière était la langue chérie de l'Europe. Elle était parlée dans toutes les Cours, dans tous les salons ; les princes et les têtes couronnées en usaient couramment. C'était une langue "aristocratique", la France étant considérée comme le pays du bon goût et de l'excellence.
Aujourd'hui, la donne a changé au profit de l'anglais, et les nouvelles générations de têtes blondes ont de plus en plus de mal à maîtriser les subtilités de leur langue maternelle. (il faut dire à leur décharge que les difficultés et les irrégularités chères aux grammairiens du XVIIIe siècle n'aident pas).


Il est donc agréable de constater que malgré tout, le français s'exporte. Quels sont donc ces mots migrateurs ? Marie Treps, linguiste au Centre national de la recherche scientifique, nous l'explique :
"À peu près partout en Europe, on peut parler d'un français de salon, joli mais un peu désuet. C'est aussi un français qui évoque le chic et avec lequel on joue".
Un français désuet, et obsolète donc, sans doute une réminiscence de ce français du Grand Siècle qui fascinait tant :
"On retrouve en effet des survivances d'un français qui n'existe plus, du Grand Siècle et des Lumières", précise Marie Treps. "On utilise parfois le français pour manifester que l'on est cultivé", poursuit-elle.
C'est ainsi que des mots comme boudoir, peu usités en France, s'utilisent fréquemment ailleurs sur le continent. En Allemagne, on se sent "bleu-mourant" quand on est prêt à défaillir...

Mais il n'y a pas que du précieux dans les expressions française à la mode. Il y a aussi un aspect ludique dans le fait d'utiliser des termes de l'Hexagone. "Qui use de mots français, souvent s'en amuse", note la linguiste.
Ainsi, l'expression "copains comme cochons" a abouti à "amikosonstvo", en russe, "guillotiner" est devenu "gilotynowac", qui signifie en polonais "interrompre brusquement une conversation".

La France, étant le pays de la gastronomie et des arts culinaires, a fourni nombre de mots dans ces domaines : on retrouve  ainsi l'"omelette" ou le "gratin", quand ce n'est pas, comme en Grèce, le "pourés-zambon" (pour purée-jambon).
Dans l'univers de la diplomatie, on retrouve partout des termes tels que "lettres de créance, consulat, ambassade, ministère…".


Le français s'affirme aussi dans la défense des libertés. Il a notamment servi de langue de résistance. Par exemple, la jeunesse bulgare a fabriqué avec lui un argot, qui, à la période soviétique, permettait de parler entre soi de certaines choses", explique la linguiste. Aujourd'hui, cet argot est toujours vivant. "Abdiquer" a donné "abdikiram" et signifie "sécher les cours".

Sans surprise, les mots récupérés sont adaptés et réinventés par les cultures qui les intègrent. Au final, ils perdent leur sens d'origine, comme le mot "couillon" qui, en Norvège, désigne un lâche, en Pologne, un étudiant révisant ses leçons au dernier moment, en Russie, un chaud-lapin...

Le choix des mots peut aussi révéler la perception que les voisins européens ont des Français. Parmi les choses positives,  citons "charmant", "discret", "chic". Parmi les choses négatives : "brutal", "absurde", "pédant". "Filer à la française" peut signifier partir sans payer ou de façon impolie… !

Enfin, tout un vocabulaire laisse à penser que les Français sont perçus comme ayant des moeurs légères.
Qui aura le dernier mot ?



(Vous pouvez désormais réagir aux articles en postant sur le forum. Il n'est pas nécessaire de s'inscrire pour publier des messages.)




Commenter cet article