Veilhan Versailles, quand l'art contemporain s'invite chez Louis XIV

Publié le par Lova Pourrier


C'est l'exposition-événement de la rentrée. Tous les magazines d'art en parlent : Xavier Veilhan à Versailles. "Beaux Arts Magazine" en a fait sa une. Après l'américain Jeff Koons en 2008, c'est au tour du plasticien français Xavier Veilhan, âgé de 46 ans, d'exposer dans le mythique château de Louis XIV. Fera-t-il autant scandale ?

Penchons-nous d'abord sur l'oeuvre du Lyonnais. Cour d’Honneur, cour de Marbre, escaliers Gabriel et de la Reine et jardins du château sont investis par le créateur, selon une trajectoire fluide et dynamique concentrée sur les rapports d’échelles, les équilibres et les points d’observation. Dans ce lieu hautement symbolique, porteur d'une longue histoire, l'artiste interroge l'art contemporain :
"C'est évidemment un défi d'être ainsi confronté à un tel espace, qui est aussi chargé d'histoire. Ce lieu a été contemporain lorsqu'il a été imaginé et donc cela amène à une réflexion sur les expositions contemporaines", a déclaré Xavier Veilhan à Reuters.

A la différence de son devancier Jeff Koons, les huit oeuvres présentées ont été créées spécialement pour Versailles.
La plus spectaculaire d'entre elles - déjà qualifiée de chef-d'oeuvre par les critiques - se trouve devant la grille d'honneur : c'est un carrosse violet, en acier, traîné par des chevaux de même couleur lancés au galop. Une sorte d'origami géant. On peut y voir de multiples références, la plus immédiate étant la fuite de Varennes.


Plus loin, dans la Cour de Marbre, git le premier homme de l’espace, le Russe Youri Gagarine. "Un écho à la conquête de Louis XIV", commente Bénédicte Ramade dans une note de présentation.  


Les autres oeuvres s'intègrent plutôt bien dans l'univers du château, telle cette minuscule femme nue juchée en haut d’un socle filiforme, ce mobile bleu dans l’escalier Gabriel donnant de la chaleur au lieu (Light machine), ce tableau lumineux fait de 1000 ampoules pour 1000 pixels diffusant un film en noir et blanc qui est une promenade fantomatique dans le château.
Les jardins ne sont pas en reste. Neuf socles monumentaux supportent les silhouettes de onze architectes renommés comme Jean Nouvel, Renzo Piano ou Richard Rogers. Conciliation des bâtisseurs d'hier et ceux d'aujourd'hui ?
Une immense anamorphose composée de 280 globes s’inclinant au bout de longues tiges évoque la Lune. Echo au Roi-Soleil ?


Enfin, le grand Canal est animé par un jet d’eau immense. Il fait 100 mètres de haut, surplombant tel un géant les arbres du canal. Le créateur ose se comparer à Le Nôtre, en estimant "avoir fait ce qu'aurait fait Le Nôtre, le jardinier de Versailles, s'il en avait eu les moyens techniques".

 

Xavier Veilhan

Au vu des réactions des visiteurs  - les touristes envahissant Le Carrosse, s'asseyant sur le Gisant ou croyant voir Carla Bruni dans la statue de la jeune femme... -, l'exposition de Veilhan, si elle fera l'objet d'inévitables controverses, sera à mon avis mieux accueillie. Les commentaires de la presse sont plutôt enthousiastes. Si certains visiteurs trouvent que les oeuvres de Veilhan ne cadrent pas avec le décor, il n'en reste pas moins qu'elles suscitent la curiosité et l'intérêt.
L'on se rappelle que le prince Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme, descendant de Louis XIV, avait demandé, au nom du roi, l'arrêt de l'exposition Koons à Versailles l'an dernier. Le prince avait déposé cette requête devant le tribunal administratif de Versailles, "pour profanation et atteinte au respect dû aux morts".  
Il faut dire que Koons, qui fut l'époux de la Cicciolina, star du porno italien, avait créé des oeuvres explicites autour de la "tentation et du désir" dans les années 90. Mais aucune d'elles ne fut montrée à Versailles.
L'exposition avait également provoqué la colère de certaines associations de défense du patrimoine.
Xavier Veilhan, avec ses oeuvres plus sages et moins kistch, évitera sans doute de telles réactions.

Bien entendu, cette exposition est du pain béni pour le château, qui utilise ainsi l'art contemporain comme vecteur de communication et se rachète une modernité au passage.
Xavier Veilhan en a pleinement conscience, mais il y trouve son compte puisqu'en exposant dans l'un des monuments les plus visités du monde, il jouit d'une visibilité exceptionnelle.
Laissons d'ailleurs à l'artiste le mot de la fin :
"Je suis un grand fan de Jeff Koons et je pense que son exposition était formidable. C'est un grand défi de venir après lui mais aussi une chance car c'est un si grand artiste qu'il a su ouvrir la voie".

En effet, Koons a ouvert la voie, ce qui permettra sans doute à son successeur d'obtenir plus d'indulgence.
Une chose est sûre : l'opération se renouvellera. L'artiste japonais Takashi Murakami, 47 ans, lui succèdera en 2010, comme l'a annoncé le 9 septembre le président de l'établissement public Jean-Jacques Aillagon.

Infos pratiques

Exposition Veilhan : du 13 septembre au 13 décembre 2009, Château de Versailles. 
Accès par la Cour d’Honneur du château dans les conditions de visites normales.
Site Web : www.veilhan-versailles.com

Les oeuvres présentées :
Le plan d'Orientation : une vision d'ensemble de l'exposition mais aussi une oeuvre à part entière.
Le Carrosse : le spectacle d'un attelage violet dans la cour d’honneur.
La Femme Nue : une figure féminine à l'échelle humaine confrontée à la démesure de l'ensemble, et incarnant les .
Le Gisant, Youri Gagarine : symbole de la conquête de l'espace mais aussi un homme dont s'échappent quelques particules élémentaires.
Le Mobile : gracieux, monochrome, toujours en mouvement dans le grand escalier.
Light Machine : un grand tableau lumineux dans lequel « la narration est d’autant plus riche qu’elle est ouverte et incomplète ».
Les Architectes : une galerie de portraits des grands architectes contemporains selon Xavier Veilhan dont Claude Parent serait le patriarche et qui réunit : Richard Rogers, Sir Norman Foster, Renzo Piano, Tadao Ando, Jean Nouvel, Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, Kazuyo Sejima, Elisabeth Lemercier et Philippe Bona.
Le Jet d’eau : une colonne d'eau de 100 mètres de haut, hommage dynamique à La Colonne sans fin de Brancusi.

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